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Auteur Fil de discussion: Analyse de la Directive Cadre-Eau et plan-pêche  (Lu 3186 fois)
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« le: 26 Mars 2009 à 17:20:41 »

Analyse Directive-cadre Eau et plan pêche, envoyé au cabinet de Mr le Ministre G.LUTGEN, ce mardi 7/09

par Camille THIRION

Publié dans le Sillon belge du 30 mars 2007, adapté en mars 2009!

     Le Sillon Belge du 23 mars 2007 a publié un article signalant que la Région wallonne propose un plan pêche et nature, afin de relancer la pêche, et donc la qualité des cours d’eau en Wallonie. Hélas, il y a "loin de la coupe aux lèvres" !

Comment relancer la pêche?
 
     Qui va à la pêche : le plus souvent, quand on est jeune ou retraité. Mais comment un aîné peut-il emmener ses enfants ou petits-enfants à la pêche dans les conditions actuelles?
Les accès deviennent un casse-tête: chemins non entretenus, parkings rarissimes ou occupés par les loueurs de kayaks, clôtures, barrières, halage bouclé pour le Ravel (Hainaut) ou pour la navigation de plaisance (Haute-Meuse) ou pour la sécurité, insécurité, les pieds ou le matériel inondé par les vagues des jet-ski ou des hors-bords hors zone.

Accéder au bord de l’eau, le long de nos fleuves, c’est souvent se contenter du voisinage d’un collecteur, d’usine proche et de ses rejets, d’odeur pestilentielle..
 
Le franc-bord est de plus en plus en péril, clôture trop proche, troupeau non isolé du bord, taureau en pâture, berges privatisées, ainsi il est mal venu d’essayer de pêcher la rive droite entre les deux ponts de Cielle à cause des molosses et les chemins d'accès sont désormais interdits aux véhicules.
 
Et le plomb vous guette près des mares à canards, certains confondent cannes et canes.
Postes de pêche et pied des berges encombrés de gros blocs deviennent inaccessibles aux derniers pêcheurs vaillants en Meuse.
Un bel exemple: le magnifique tronçon de Petit-Han à Durbuy est «pêcheur banni»!
De plus, laisser son véhicule loin du regard, c’est encourir une fouille ou un vol même du véhicule.
Mais les 4x4, s’aventurent partout : leur propios font des barbecues anarchiques, des braconnages sur les vifs ou les poissons blancs grégaires, ramassent les galets pour les revendre aux jardineries et cela loin des regards des agents de surveillance. L’astuce est de poster un complice avec GSM qui prévient de tout mouvement de surveillance, j’ai ainsi mis en fuite des groupes rien que parce que je m’habille en vert DNF!
Les quads parcourent les lits ou les gués sans vergogne.
 
Permis

     Payer un permis, c’est accepter le contrôle. Un agent motivé avoue qu’on lui a demandé de «lever le pied», histoire de ne pas faire fuir le touriste. Un permis «jeune», pourquoi, on pêche une année pour le prix d’une place de cinéma.
Quant au permis «3 cannes» et de nuit, ce sont nos voisins allemands ou hollandais campeurs qui en profitent en Meuse, ils ne pêchent pas que des carpes.
Ratisser large, c’est amener une clientèle sans éthique. Au nom du tourisme, la Wallonie draine tous les excès, ceux que l’on ne commet pas dans son pays ou sa région natale… !
Le manque de contrôle a des effets pervers, nombre de pêcheurs sont en infraction: engins, appâts interdits, captures en surnombre, taille légale, date d’ouvertures sur certaines espèces ignorées, législation incomprise. En cas de «  basses eaux », j’ai surpris des pêcheurs alors que la pêche était interdite, j’ai signalé : réponse, « je serais ridicule, dans trois jours, on supprimera l’interdiction à la veille du week-end férié» !

Environnement et biodiversité 

     Y a-t-il bien 64 espèces de poissons indigènes dans les cours d’eau wallons (Sillon belge, 23 mars 2007)? Ne compte-t-on pas les évadés de pièce d’eau, aquariums ou piscicultures parmi les indigènes?

Les «Contrats de rivière» sont parfois un piège, communiqué de presse, publicité tapageuse sur des actions de gestion ne reposant sur aucune base scientifique ou historique.  Face aux pressions d’ordre économique, que peuvent y faire les naturalistes ou les sociétés de pêche qui attendent des subsides? Des promoteurs de projets économiques y viennent chercher  les arguments contradictoires pour mieux défendre leurs projets. Les édiles locaux y recherchent surtout les profits du tourisme et des promoteurs.
Rouvrir une frayère à brochets dans une zone de courants salmonicoles  ou remettre des brochetons dans une zone sans poisson-fourrage, transformer le lit en un boulevard à kayak, est-ce cela de la saine gestion piscicole?
Trop souvent encore, les zones marécageuses servent d’exutoire aux effluents ménagers ou agricoles  quand ce n’est pas les ruisseaux frayères à truite des têtes de bassin.
La restauration des populations piscicoles….la tendance est: «on rempoissonne » là où il y a de la demande et si possible spécifiquement après enquête auprès des sociétés de pêche! Et quelle enquête : les questions et la manière de les poser ne peuvent conduire qu’à des interprétations subtilement orientées par les nécessités du tourisme (Dernière enquête reçue avec la carte de société) ?

On ne tient pas compte ni de la diversité existante des biotopes ni des espèces dans les plans de gestion.
Pas d’inventaire naturel récent des biotopes ou leurs occupants, parfois les pêches électriques qui servent de mobiles au plan datent de plus de vingt cinq ans.
Autrement dit, on prend le problème à l’envers!
N’ais-je pas entendu dire dans une émission nature de la Une que le barbeau était le poisson le plus commun de l’Ourthe, à part quelques fosses ou lit profonds qui ont échappés à la pelleteuse, et qui sont régulièrement pillés pour l’escabèche ou les congélateurs des campeurs, cette prédominance de l’espèce ne me paraît plus correspondre à la réalité de mes dernières «campagnes» si je m’en réfère à la comparaison des prises de la deuxième moitié du siècle dernier.
La destruction des rats musqués fait des victimes parmi les martins-pêcheurs, les anguilles, les cincles pris dans les pièges, selon l’aveu des dératiseurs eux-mêmes.
Les levers de barrage pour favoriser les descentes de kayaks de certaines grosses entreprises font périr le frai sur les prés. Des remblais ou des renforcements de digues sont réalisés avec des roches calcaires en Ourthe schisteuse.
Le MET entretient les couloirs pour kayaks, mais déstabilise les arbres rivulaires, bouche les frayères naturelles pour améliorer le flux, détruit les postes de pêche les plus naturalisés, rectifie les berges, isole les zones-tampons si utiles en tant de crues…
Pêcher à l’arrière-saison? Après l’été, les travaux reprennent et transforment les rivières en long ruban d’alluvions. Que reste-t-il aux pêcheurs?
On s’acharne contre les plantes invasives, la balsamine de l’Himalaya, qu’affectionnent abeilles et bourdons; on traque les orties des rives à l’herbicide, les renouées du Japon qui accueillent les rousserolles, on démolit les bosquets, la végétation boisée aux environs des cours d’eau pour le bois de chauffage! Alerte aussi à l’utilisation des dérivés de Bacillus thuringiensis dans certains cours d’eau pour la destruction des larves de simulies, je me demande quels impacts peuvent leur être attribués dans la disparition des ombres dans certains bassins, leur effet destructeur affecte bon nombre de larves de Diptères Nématocères, nourriture essentielle aux alevins de l’ombre!
Après les cultures de maïs en bordure des rives, allons-nous connaître le colza pour le bio-ethanol, une plante qui exige aussi de nombreux traitements insecticides car elle a beaucoup d’ennemis!

Revues de pêche et associations, promotion de la pêche [/i]     

Adhérer à une société de pêche  ne signifie pas seulement faire une bonne ouverture à cause d’un rempoissonnement massif ou trouver les espèces gastronomiques dans votre assiette. La vigilance s’impose sur d’autres plans. L’obligation d’être inscrit à une société de pêche est une hérésie : certaines ont un comportement exemplaire, d’autres sont un rassemblement de « viandards » ou de joyeux drilles !
 
     Les revues de pêche, prises à la gorge par la subsidiation, ne défendent plus les intérêts des pêcheurs : propos de mes confrères rencontrés ces dernières années! Certains parcours décrits sont idéalisés sans réalisme pour attirer le touriste, parce que le cours d’eau a spontanément évolué depuis la parution des premiers guides de pêche! Et un article critique verra son auteur  boycotté par la Revue de pêche par frousse de perdre ces subsides!
Les étangs à carpe sont plus encensés que nos parcours naturels, sans parler des articles, qui n'ont rien à voir avec les réalités du terrain, écrits par des les marchands d'articles de pêche : pauvres néerlandophones à qui, on a fourgué du matériel sophistiqué et qui m'appelle au secours pour leur montrer comment s'en servir et où!

Aller louer les initiatives des pouvoirs publics en matière de pêche dans les médias, c’est se faire complice de la prise de mesures souvent inadaptées, cela permettra d’obtenir quelques subsides à cour terme pour sa société de pêche mais ne soutiendra pas le développement durable de nos bassins hydrographiques !

Les Centres d’interprétation de la rivière ou la Maison de la pêche : leurs actions, mêmes si elles présentent un visage  « écologique », me paraissent nettement orientées d’abord vers la recherche d’un impact touristique !


Retombées économiques

     Les cars de kayakistes débarquent avec barbecues et denrées nécessaires au pique-nique. Les «Centres aventures» ont leurs infrastructures propres et s’approvisionnent ailleurs, leurs sous-traitants ne sont pas ardennais. Y sont-ils seulement domiciliés pour y payer leurs impôts?

     Le secteur Horeca de moyenne gamme, situé en zone de pêche, compte plus de fermetures que d’ouvertures, ces dernières années.
 
Les marchands d’articles de pêche se plaignent, malgré des promotions, des journées de la pêche… Que faire contre les promotions des grandes maisons du nord du pays et leur commerce via internet?
Notons que les appâts naturels obligent encore à s’approvisionner chez un détaillant et créent quelques emplois chez des producteurs!
Quelques bistrots, boulangeries, boucheries ou fermes «tirent encore leur épingle du jeu» si elles offrent des produits du terroir de qualité!

     Confier à des bureaux d’étude  étrangers la promotion de nos rives, c’est encourir l’adoption de plans inadaptés à notre région : que viennent faire les français du centre de la France à Hotton pour mettre en valeur nos rives?
Quant au tourisme «pêche», le peu de succès encouru par les gîtes et Relais de St-Pierre, mis en place auparavant et pourtant adaptés aux besoins des pêcheurs, doit nous faire réfléchir!

Mea culpa 

     On peut reprocher, aux pêcheurs wallons et d’ailleurs, un manque de pugnacité à défendre leurs intérêts, mais aussi des comportements non citoyen: abandon de déchets sur les rives, de pelotes de nylon dangereuses pour le bétail et les oiseaux, de canettes, bouteilles en plastique, papiers gras, mais aussi des bris de clôtures, des barrières non refermées, les courses des enfants dans les prés de fauche et les champs, le comportement intempestif de chiens envers le bétail, des barbecues anarchiques. Et parfois, des menaces ou des brutalités envers les agents de la DNF.

Conseil supérieur wallon de la pêche

      A mes yeux, cet organisme qui a pour mission de conseiller le ministre dans la gestion durable de la pêche et des cours d’eau devrait compter dans ses rangs des représentants dont la sensibilité est aiguisée face à ces problèmes : pêcheurs expérimentés, naturalistes, agents DNF de divers niveaux… !

Si l’on regarde les représentants qui siègent, la plupart sont reliés à des activités économiques : tourisme, Comité technique de terroir et des meubles de vacances, marchands d’articles de pêche ou pisciculteurs, ou sportives : pêche de compétition, pêche à la carpe, gérants de pêcherie…..

Le représentant du Conseil supérieur de la Conservation de la Nature  ne devrait pas être trop généraliste mais aussi être orienté de part ses activités antérieures ou actuelles vers tout ce qui touche nos cours ou plans d’eau

     A nouveau, ne prenons-nous pas les problèmes à l’envers, nous devons disposer d’un réseau de cours d’eau attractif, avec des eaux ou des gestionnaires de qualité, ensuite les activités touristiques, économiques ou sportives en découleront tout naturellement ?
Tant que les pouvoirs économiques auront une si forte influence sur la gestion de nos cours et plans d'eau, ce ne sera pas le cas!


Que faire?

     Les reportages tournés sur des cours d’eau dans les pays voisins montrent que tout y est pris en compte, de la politique de l’habitat, du camping, des accès, de l’industrialisation, de l’écologie à la sensibilisation des masses.
Chez nous, tout est cloisonné: chaque administration mitonne ses recettes pour son secteur. La solution d’un problème local dépend de plusieurs ministères qui promettent de collaborer… le problème des effluents entrevoit des perspectives à l’horizon 2015!
La superbe vallée de l’Ourthe de Grandhan à Hotton ne sera plus bientôt qu’un ruban de maisons de style hétéroclite alors que la vallée est connue pour son patrimoine naturel (Inventaire des sites wallons de qualité-ISIWAL), sans parler de la menace d’un cordon du Ravel!

Certains ne sont sensibles qu’au poisson spectaculaire (saumon-truite-brochet), qu’à la protection contre les crues, ou la création de barrage pour l’approvisionnement en eau ou les activités de loisirs ou encore qu’à l’augmentation du nombre d’habitants dans les entités!
Initier un jeune à la pêche via les écoles de pêche, c’est parfois aux yeux des parents, les occuper un après-midi, une journée, un week-end, une semaine… C’est sympa mais combien deviendront des visiteurs constants au bord de nos cours d’eau si les aînés ont des difficultés à les y accompagner?

Pour les kayaks, je ne vois guère que le tronçonnage par secteur déplacé tous les 6 ou 8 ans, cela ne pose pas de difficultés compte tenu qu’une nouvelle licence octroyée peut-être opérationnelle en moins de trois mois! L’Horeca ne me semblerait pas perturbé par ces transferts périodiques, soit les pratiquants du kayak débarquent de cars avec leurs provisions pour une journée, soit ils résident dans une grosse infrastructure hôtelière aux multiples activités !
Cela protégerait les espèces piscicoles qui pourraient avoir quelques frais convenables quelques années de suite. Cette gestion permettrait la survie des plantes aquatiques souvent malmenées par les pagaies, tout en assurant la tranquillité des autres bestioles des rives, des pêcheurs ou du tourisme doux!

Là où la pêche est florissante à l’étranger, toute la problématique est analysée globalement. Ainsi, le tourisme, tout comme la pêche, engrange les bénéfices d’une telle approche. Pourquoi croyez-vous que les pêcheurs se déplacent en Allemagne, en Autriche, en Norvège, en Grande-Bretagne?

Ici, c’est le chacun pour soi. Un exemple, les loueurs veulent les espaces, les embarcadères, si possible payés par la commune, maintenant des règles de circulation existent : qui les fera appliquer, faudra aussi "lever le pied" pour le tourisme?
De plus, les débits ne correspondent à rien par rapport à la structure des lits actuels et les heures de circulation ne laissent au pêcheur payant son permis que le choix d'être très matinal ou quasi noctambule : quand le poisson « amorcé » arrive sur votre coup, il est l’heure de rentrer !

Même problématique avec les quads ou la circulation en forêt alors que, comme l’a dit le ministre de l’agriculture au Jardin extraordinaire, certains quittent la région au profit d’autres pays voisins qui abordent d’une autre manière la coexistence des usagers du monde rural.

Je ne comprends pas non plus que les contrats rivières ne soient pas dans les mains d'Ingénieurs des Eaux et forêts qui ont une vision globale du cours d'eau et de ses approches : un biologiste ou un géographe n'a pas par sa formation cette approche globale!

Comment se fait-il qu'il faille aller chercher des idées pour aménager la Semois belge en France, ces deux tronçons ne coulent pas sur les mêmes assises géologiques?

Trop souvent, les ingénieurs hydrauliciens qui dirigent les grands travaux oublient que les cours d'eau sont non seulement le siège des lois de la mécanique des fluides ou des phénomènes physico-chimiques mais aussi un élément vivant en perpétuelle évolution!

Seul l’esprit critique dont nous ferons preuve maintenant sera gage pour nos enfants de pouvoir encore prendre du plaisir au bord de l’eau !

Cinquante années de pêche en Meuse, Semois ou Ourthe : témoignage d’une pêcheuse, une femme pas comme les autres!



« Dernière édition: 07 Avril 2009 à 22:18:42 par admin » Journalisée
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