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Auteur Fil de discussion: Abeilles et OGM  (Lu 5497 fois)
admin
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« le: 20 Juillet 2012 à 22:54:32 »

Un article récent, publié dans
Nature éthique 254 (Fondation
St-Hubert), suscite de ma part
de vives inquiétudes, mais pas de la
nature que vous soupçonnez! En effet,
dès qu’un sujet «potentiel de panique
» touche le monde de l’apiculture,
c’est toujours le même scénario,
ma longue expérience du monde
scientifique m’autorise à faire certaines
réserves.
Vous avez déjà lu de ma plume diverses
mises en garde: à propos du
frelon asiatique mais aussi de menaces,
peu nuancées, pesant sur le
monde des abeilles!
Pour situer le propos, voici un
exemple caricatural: les détracteurs
des OGM ont mis sur pied une étude
sur la toxine du maïs MON810 et ses
effets sur les coccinelles (Le Figaro, 19
mars 2012): cette toxine aurait des effets
sur les coccinelles mais ces dernières
auraient peu de chance de se
trouver «en situation» dans la nature…
S’il n’y a pas de pucerons susceptibles
de pomper la toxine présente
dans la sève du maïs, il n’y a pas
de coccinelles. Voilà une conclusion de
plus qui me laisse sceptique à propos
de certaines approches!
Petit rappel, le maïs BT Mon810
contient une toxine insecticide issue
de Bacillus thurigiensis couramment
utilisée en lutte biologique. Intégrée
dans le patrimoine génétique du maïs,
elle est donc active durant tout le cycle
végétatif du maïs, notamment
contre les chenilles de la pyrale.
En février, en France, un appel à
signature est lancé sur la toile contre
l’introduction annoncée du maïs
Mon810. Il est relayé en Belgique, cela
m’interpelle… Je me doutais que les
organismes s’occupant d’apiculture
allaient se manifester.
Le CARI publie donc cette mise en
garde dans Nature éthique 254 en la
situant d’abord au niveau européen.
L’alerte lancée à partir de la France
nous atteint de proche en proche. Cependant,
la problématique est tout
autre car, en France, le maïs en fleur
est appétent pour les abeilles: le
risque de contaminer le miel est bien
présent.
Voici l’appel lancé en France
contre le maïs transgénique Mon810:
il sera semé dans les champs fin février.
Son pollen est impropre à la
consommation humaine.
En 2011, les apiculteurs espagnols
se sont retrouvés avec du miel invendable.
En France, c'est pour ce printemps
2012. La Belgique est tout
près... Une pétition en ligne (et téléchargeable)
permet de manifester vo-
On vous en dira tant!
Abeille, OGM et nouveaux pesticides
Abeille butinant sur colza. (Photo Derennes)
SILLON BELGE 6/7/2012 www.sillonbelge.be - 9


tre opposition, si tel est le cas. Pétition
pour une protection de l’apiculture
et des consommateurs face au
lobby des OGM: voyez le site
www.ogm-abeille.org


Pourquoi ma réaction? Dès qu’une
alerte potentielle menaçant les
abeilles apparaît à l’horizon, c’est la
«ruée vers l’or», parfois avec des arguments
contestables, peu nuancés. Il
faut se positionner dans la chasse aux
crédits, aux observatoires, aux postes
de recherche.
Fait troublant, aucune abeille sauvage
ou domestique ne butine le maïs
en Belgique: je n’ai jamais observé le
phénomène! Par mesure de précautions,
je contacte A. Pauly, spécialiste
mondial des abeilles sauvages. Il me
confirme que seul un clone de maïs
andin a été butiné par des abeilles domestiques
dans un jardin botanique
en Belgique. Donc, cette alerte est
bien superflue en Belgique !
Autre alarme, Vers l’Avenir (24 février
2012) publie un article très imprécis:
L’apiculture est menacée par
les OGM
: aucune mise en situation
géographique, aucune adaptation aux
conditions écologiques de notre pays:
du travail bâclé comme la plupart des
nouvelles à sensation!
Je rappelle qu’aucune abeille ne
butine le maïs chez nous!
Tactique
Je me pose plusieurs questions qui
demeurent sans réponse. En quoi
l’OGM est-il nuisible à la qualité du
miel si ce n’est par une atteinte savamment
élaborée à l’image d’un produit
naturel? En passant, nombre de
pédiâtres déconseillent déjà de mettre
du miel dans les biberons, et pas seulement
pour une addiction éventuelle
à la saveur sucrée…
Comment détecte-t-on l’OGM?
Comment le dose-t-on? Les miels,
d’origine belge ou d’ailleurs, sont-ils
testés face aux OGM? Sachez que personne
ne dispose d’une méthodologie
fiable pour quantifier ou qualifier la
présence du maïs Mon 810.
Autres questions: cette alerte
contre les OGM, qu’est-ce qui la motive?
Se positionner dans la course
aux crédits, demander des indemnisations
éventuelles pour le secteur apicole
déjà très malmené par la
conjonction d’une série d’autres facteurs
(parasites, maladies, raréfaction
des plantes à butiner, perte de biodiversité,
mauvaise sélection, hybridation
orientée uniquement sur la productivité,
perte d’immunité,
importation de races inadaptées,
changements climatiques, pesticides…)?
Le miel, produit phare du bio: les
apiculteurs vont évidemment se prémunir
sur d’éventuels dégâts sur leur
image et promouvoir le miel bio à
haute valeur ajoutée, et sa vente sur
des marchés extérieurs, le monde apicole,
déjà très inquiet, va chercher à
évaluer les pertes potentielles à compenser
des dédommagements.
Remarquez que l’on ne sait pas si
cela sera d’actualité en Belgique et ce
qu’on entend par une perte de valeur
du miel avec OGM: goût, odeur, texture,
risque pour la santé?
Pour un oeil exercé, un agenda caché
est perceptible dans cette démarche
d’alarme!
Obtenir la mise en place de réseaux
de contrôle ou de détection financés
par la Région, ce sont des
«plans tirés sur la comète» que rien ne
permet actuellement de justifier et on
ne peut transposer impunément des
situations de France en Belgique alors
que les conditions écologiques sont
totalement différentes!
A ma connaissance, le maïs
Mon810 n’est pas semé en Belgique!
Autre menace
Les pesticides du groupe des néonicotinoïdes,
même à très faibles
doses, semblent perturber le sens de
l’orientation des abeilles. Elles ne retrouvent
plus le chemin de la ruche
qui s’étiole alors, faute d’ouvrières.
Ce phénomène a été aussi attribué à
certains virus aux USA, et même à
une mouche parasite.
Ce qui m’inquiète de nouveau,
c’est la méthode pour appréhender
cette hypothèse: mettre une puce de
radio-identification sur le thorax
d’une abeille pour ne pas la perdre de
vue… Si je me sers d’un portable ou
d’un GSM durant un certain temps,
je me trouve un peu bousculée dans
ma tête pour quelques minutes.
Qu’est-ce que cela doit produire
comme effet sur une abeille?
Lors de colloques, j’ai vu des présentations
d’essais sans parcelle témoin,
des approches non globale des
phénomènes, synergies et interférences.
Donc, je deviens méfiante
face à de telles études, surtout celles
qui veulent démontrer à tout prix le
bien-fondé de l’hypothèse de départ!
Attention aussi aux bourdons en
régression ou menacés de disparition:
on assiste à des déplacements en altitude
ou des replis de certaines espèces
vers le nord. Les changements
climatiques n’y sont peut-être pas
étrangers!
De même, lorsque que l’on compare
des colonies d’abeilles, il y a tant
de paramètres à considérer que tirer
des conclusions semble bien ardu!
Partout, nous lisons que des espèces
disparaissent ou régressent. Jamais,
nous ne lisons que, chez nous,
des espèces venues d’ailleurs nous
envahissent, sauf si elles sont nuisibles.
Ces dernières années, des polistes
grouillent chez nous. Cette
guêpe, autrefois rare dans nos
contrées, est désormais aussi abondante
que les espèces indigènes. Personne
ne parle du beau xylocope,
abeille noire de grande taille autrefois
accidentellement en migration
chez nous. Elle a franchi allègrement
la frontière franco-belge depuis plusieurs
années. Il en est ainsi pour un
nombre élevé d’espèces d’insectes qui
ne dérangent personne et passent
donc inaperçues.
Petite question que je livre à votre
réflexion: ces insectes ne rencontreraient-
ils jamais de pesticides, n’en
seraient-ils jamais les victimes ?
Efsa
Je viens de lire «Pesticides et
santé des abeilles» dans Le Sillon
Belge du 15 mai. Je maintiens d’autant
plus fermement ce que je dénonce
depuis des années: il n’y a pas
de méthodes fiables d’analyse quantitative
ou qualitative sur les effets
des pesticides; il n’y a pas non plus
d’analyse statistique qui rencontre
l’agrément des différents experts.
Certes, il y a des suspicions d’effets
non seulement sur les abeilles et sur
d’autres organismes vivants mais ce
ne sont toujours que des hypothèses
dont la vérification est malaisée!
En conclusion
Vous avez ainsi le point de vue
d’une environnementaliste ou d’une
naturaliste de terrain complètement
dégagée de toutes relations professionnelles
ou commerciales. Cessez
d’avaler des alarmes affolantes et pas
désintéressées! Elles nuisent à la rigueur
scientifique d’une approche
raisonnée. De plus, elles fournissent
des «armes» aux producteurs de
plantes OGM ou de pesticides qui
s’empresseront de les retourner
contre leurs détracteurs.
Camille Thirion
Le xylocope, abeille noire, passait
rarement chez nous, autrefois.
(Photo Frank Koehler)
Depuis quelques années, les polistes, des guêpes, s’acclimatent dans
nos contrées. (Photo C. Thirion)
 SILLON BELGE 6/7/2012 10 - www.sillonbelge.be
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